Encadrants de proximité : agir sur la qualité de vie au travail

Recherche-Action sur les ressources et besoins de l'encadrement de proximité (premier niveau d'encadrement) pour contribuer à la qualité de vie au travail de leurs équipes et à prévenir les risques psychosociaux (RPS). 

Brest Métropole Océane en partenariat avec le Centre de gestion, le CNFPT, l’UBO ainsi que les communes du Relecq-Kerhuon, de Ploumoguer et la Communauté de communes de la Presqu’île de Crozon, pilote depuis le début de cette année une recherche-action - financée par le Fonds National de la Prévention - sur l’encadrement de proximité et la qualité de vie au travail. 

Cette recherche-action "à vocation nationale et expérimentale" menée avec l’appui de Plein Sens, a pour objectif principal de mieux identifier les leviers et ressources dont disposent les encadrants de proximité pour agir sur la qualité de vie au travail de leurs équipes et prévenir l'apparition de troubles psychosociaux.  

Cette étude intervient dans un contexte de renforcement des moyens d'action pour prévenir les risques professionnels dans la fonction publique territoriale ; tout d'abord l'accord relatif à la prévention des risques psychosociaux (RPS) dans la fonction publique, signé le 22 octobre 2013 (ce dernier prévoit en effet que chaque employeur public doit élaborer un plan d’évaluation et de prévention des RPS d’ici 2015) mais aussi le passage des comités d’hygiène et de sécurité (CHS), dès cette année, aux comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). 

La mission comprend deux phases et un travail continu avec le comité de suivi partenarial ainsi qu'avec l'équipe de "diagnostiqueurs" des directions santé et bien-être au travail de Brest Métropole Océane et du Centre de Gestion.

La première phase de cette recherche-action a permis de conduire des entretiens individuels avec quarante encadrants de proximité (N+1). Quatre entretiens de groupes ont également permis l'expression des "agents encadrés" et des directeurs (N+2). Conformément aux méthodes utilisées par Plein Sens (pas de questionnaire proposé sans compréhension en amont des univers de travail donc des questionnaires "sur mesure"), les premiers enseignements de cette phase ont permis de réaliser un questionnaire à l’attention de l’ensemble des encadrants de proximité des quatre collectivités partenaires (soit environ 350 personnes) et ce afin de valider les hypothèses de travail issues des investigations de terrain. 

La seconde phase de la mission porte davantage sur l'action. Elle doit permettre, à partir des résultats de l'étude, de co-produire avec des groupes de travail constitués d'encadrants de proximité des solutions de progrès dans le sens d'une meilleure prévention des risques psychosociaux dans les organisations territoriales. Ce sera pour Plein Sens, l'occasion de mobiliser des méthodes de design de service afin de conduire les encadrants à innover et participer à la conception des solutions adéquates.

L'accompagnement des diagnostiqueurs prévoit que Plein sens assure tout au long du projet une formation-action (transfert de connaissances et d'expériences) afin de renforcer les outils et méthodes de ces professionnels en leur permettant de questionner leurs pratiques. C'est aussi l'occasion de conduire à leurs côtés des diagnostics RPS ciblés à partir de "cas pratiques" révélés par l'étude. 

L’objet de la mission - et sans doute son originalité - est à la fois de comprendre  les organisations du travail dans lesquelles agissent les encadrants de proximité, les formes de management (le mot management tend à homogénéiser des situations de travail en réalité très différentes) mais aussi de mieux appréhender les trajectoires professionnelles et aspirations  individuelles des encadrants. C'est ainsi que les ressources et besoins des managers de proximité seront approchés autant dans les dimensions individuelles que collectives et organisationnelles. 

Parfois, une approche trop réductrice de la problématique des risques psychosociaux invite au seul outillage managérial laissant entendre que l'apparition de troubles psychosociaux dans les équipes ne serait qu’une somme d’« incapacités managériales individuelles » : incapacité à manager ses équipes, incapacité à contrôler son stress, incapacité à régler les conflits, à donner du sens à l'action….Or, une approche préventive globale mesure les facteurs de risques individuels autant que les facteurs organisationnels. Il s’agit autant de repérer et développer les ressources au sein de l’écosystème de travail que les ressources individuelles dont les encadrants disposent pour faire face aux situations qu'ils rencontrent dans le quotidien de leur travail. 

Enfin, mettre l’accent sur l'encadrement de premier niveau révèle l'importance de cet échelon managérial dans la vie des collectivités aujourd'hui et plus encore dans un avenir qui promet de nombreux changements . C'est reconnaître que cette position complexe entre le stratégique et l'opérationnel contribue fortement aux bons équilibres dans les univers de travail de la territoriale.

Entre qualité de vie au travail et qualité du service public local, les encadrants de proximité vont devoir porter une grande partie des transformations socio-organisationnelles à venir dans le monde territorial...que les collectivités réfléchissent, dès à présent, à mobiliser toutes les ressources utiles pour que ces managers soient en mesure de "bien faire leur travail" est un enjeu fondamental. 

Par François Alliot, le 5 mai 2014.