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Du mécanique plaqué sur du vivant

Lundi, décembre 22nd, 2008

Bergson a ainsi analysé l’une des causes de ce phénomène singulier qu’on appelle “le rire”.

La crise qui balaye les univers boursiers, et, à partir de là l’univers tout court, jusqu’à atteindre les foyers les plus humbles et les plus à l’écart, en principe, de la mondialisation, est un bel exemple de mécanique plaqué sur du vivant.

Or que voit-on ? Est-ce que la crise dont on parle serait une immense crise de rire ? Voit-on les politiques, les syndicalistes, les commerçants, les associations d’aide aux démunis, les intellectuels se prendre les côtes et se tordre de rire ?

Non point.

Pourtant, quelles débauches, quels déluges de mécanique plaqué sur du vivant dans les événements que nous traversons. C’en est un feu d’artifice.

Cela ne prête pas à rire.

Mais il y a longtemps que nous avons constaté, à Plein Sens, qu’il n’était pas toujours heureux de constater qu’on plaquait du mécanique sur du vivant. Et c’est même notre travail que de rechercher comment on pouvait concilier les réalités de terrain, avec leur vécu, le sens qu’elles revêtent pour des clients, des salariés, des partenaires, avec des dispositifs, des services, des modes de gestion qui s’adaptent au mieux au vivant et ne soient pas seulement de belles mécaniques, bien huilées, mais qui, plaquées sur des réalités ne fassent plus rire personne.

La fin des haricots

Jeudi, octobre 9th, 2008

La plupart des mouvements humains de masse reposent sur un mot unique, un mot-pivot. Ce genre de mot a l’étrange pouvoir de consacrer un bouleversement complet des références et des actions ; il peut engendrer de la peur, de l’exaltation, de l’irrationalité. Aujourd’hui, bien évidemment, c’est la crise. Encore que “crise” soit un mot à l’effet un peu émoussé, essoré qu’il a été par ses significations politiques, sociales, … Non, plus encore, le mot qui porte les bouleversements actuels, c’est la “récession”, le grand fantôme des années 30, déclencheur inconscient de la “guerre mondiale” autre mot-pivot de première importance. Il est très simple d’en trouver d’autres aux carrefours de l’histoire : “révolution”, “sécession”, “invasion”, “nouveau monde”, “indépendance” …

Ces mots ont l’étonnante capacité d’imposer le sens de la phrase dans laquelle ils apparaissent, à l’exclusion de tous les autres mots ; jusqu’à des extrêmes comme “C’est la crise” ou “C’est la révolution”.

Mais le plus fascinant dans ces mots, c’est la netteté qu’ils établissent entre “l’avant” et “l’après”. Leur action sur les événements qu’ils décrivent est indéniable. Qu’ils se répandent et la société change très nettement de référentiel. “On est en récession”, on considère donc tout d’un point de vue nouveau : le prix du pétrole, le goût du hamburger, les espoirs, les équilibres politiques. Pas nécessairement d’un point de vue négatif d’ailleurs. Ca y est on y est … et donc?

Tous les niveaux de l’organisation humaine ont leurs mots-clés. Nous en rencontrons tous les jours à Plein Sens : “réorganisation”, “plan social”, “réforme”, “décentralisation”. A chaque fois on assiste à un jeu compliqué autour de la signification du mot “La réorg, ok, mais est-ce que ça veut dire qu’on va être licencié ?” / “ILS disent que c’est une réforme pour développer l’activité, oui d’accord, mais moi je ne veux pas changer de région !”.

Ce dont on se rend rarement compte, c’est que la simple utilisation d’un tel mot suffit pour changer les choses, avant même qu’on touche au premier organigramme ou à la première fiche de poste. Il y a un monde entre une rumeur de changements craints ou espérés mais finalement bien hypothétiques et des consultants qui vous regardent dans le blanc des yeux pour vous demander ce que vous pensez, vous, de la réforme en cours. En cours ! ça y est, ça y est, c’est parti !

Il faut se méfier des mots-pivot. S’en servir ? pourquoi pas … bien sur ! ils portent la vertu du changement et d’un regard dynamique sur une réalité. Mais pour autant attention, ils ne vous attendront pas pour imposer des représentations et des pratiques que vous n’aviez pas prévues.